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Parcours
Mer de Marmara
Bursa
Bergama
Selçuk / Ephese
Bodrum
Pamukkale
Izmir
Istanbul
A visiter
Office de
Tourisme et d'information de Turquie à Paris
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La Turquie fut mon premier grand voyage, sans ami sur place pour
guider mes pas. En relisant aujourd'hui mes notes de
l'époque, je suis un peu surprise par mes réactions,
mon ignorance parfois...
Pourtant, cette première expérience me laisse un
souvenir impérissable, et m'a donné envie, pour
toujours, de voyager à chaque fois que ce sera possible...
Jeudi 31 août
Mer de Marmara
Je m'habitue peu à peu à l'idée que je suis
sur le sol turc...
J'avoue avoir été très impressionnée
hier soir en débarquant à l'aéroport : je
n'avais jamais posé le pied aussi loin de chez moi... la
langue locale m'est totalement obscure, et personne ne m'attendait
pour me servir de guide... L'avion bien sûr a eu trois heures
de retard, et il a fallu sans tarder trouver un point de chute pour
la nuit... Impossible d'obtenir du chauffeur de bus qu'il nous
indique la direction de l'hôtel que nous avions
sélectionné dans le guide, et nous avons pour finir
marchander avec le réceptionniste du "Galata"... qui devait
avoir passé des accords avec le chauffeur du bus ! Nous
étions avec deux autres français, descendus du
même avion que nous, et tout aussi paumés...
Nous avons erré dans le quartier à la recherche d'un
troquet où dîner... fort bien d'ailleurs, et à
profusion, pour l'équivalent d'un repas à la cantine,
l'empressement du serveur en prime...
La nuit, assez longue (j'ai une immense fatigue à
compenser), s'est déroulée d'une traite. La chambre
était haute de plafond, et les deux petits lits plutôt
confortables... Au réveil, c'était le déluge :
une pluie torrentielle battait contre les vitres, et
dévalait en ruisseaux dans les ruelles sales... Cela
cependant ne semblait affoler personne, sauf nous... Mais nous
avons constaté que le ciel turc se lave vite de ses eaux...
Le désarroi de la veille pourtant ne m'a pas
quittée... Désemparée par la difficulté
à communiquer dans une langue dont je n'arrive à
retenir aucun mot, puisque même "bonjour"et "bonsoir"
changent de vocable selon le lieu et l'heure qu'il est...
Paniquée pour des choses aussi simples qu'aller acheter des
timbres, demander son chemin, se procurer des tickets de bus,
choisir son menu sur une carte, et surtout, surtout, moi qui ai
d'ordinaire la langue si bien pendue, paniquée à la
simple idée d'ouvrir la bouche... Moi si
"conquérante", me voilà bien timide et stupide... moi
si bavarde, voilà que j'entamerais bien une cure de
silence...
Pourtant, les gens sont charmants, prêts à nous aider,
à baragouiner l'anglais pour que nous puissions
démarrer un simulacre de communication. A vrai dire, je
souffre surtout de me sentir "touriste", repérable en tant
que telle de fort loin, tant par ma chevelure blonde que par le sac
qui boursoufle mon dos... Un peu désorientée dans les
rues d'Istanbul, avec un plan trop succinct pour m'y repérer
vraiment, éprouvant sottement le besoin d'un détour
par le Consulat de France, qui évidemment nous a
renvoyés sur le bureau de tourisme, compte-tenu des
informations que nous demandions, je nous ai fait déambuler
plusieurs heures dans les rues animées de la ville, achetant
au passage le précieux foulard qui me permettra d'entrer
dans les mosquées, et que, avertie pourtant, j'ai
oublié de glisser dans mes bagages...
Cet après-midi, cela allait un peu mieux... Déjeuner
dans un restaurant au cadre charmant, qui, toutes proportions
gardées, m'a fait penser aux galeries du quartier de la
Bourse... Tout autour, dans les ruelles, marchands de fruits, de
fleurs, d'objets les plus divers, profusion de couleurs et de
bruits, interjections incompréhensibles bien sûr
à mes oreilles, mais qui commençaient à
composer une musique plus familière... Nous avions en poche
un plan plus détaillé, et les horaires des bateaux
qui nous permettraient de traverser la mer de Marmara, de rejoindre
le continent asiatique... J'avais du mal à quitter Istanbul
avant d'en avoir vu les richesses, mais nous avons
décidé de visiter la ville au retour, après
nous être familiarisés avec ce nouveau pays, sa
langue, ses habitants...
Nous voici donc sur le bateau... Deux heures quinze de
traversée sur une mer d'huile, le soleil couchant rosissant
les côtes et leurs habitations, qui s'éloignent peu
à peu... Assise à la poupe du bateau, je laisse mes
yeux s'emplir du paysage et du bleu de la mer... Le calme tangage
berce mon corps et mon âme, et je me laisse emplir, peu
à peu, par l'atmosphère de cette terre
étrangère dont j'ai eu si fort envie, depuis que j'ai
décidé ce voyage...
Vendredi 1er septembre
Bursa
S'attabler est un moment rassurant, surtout lorsqu'on commence
à faire le lien entre la carte et ce que l'on va trouver
dans son assiette. On m'avait prévenue : la nourriture
turque est agréable, alternant la fraîcheur des
salades et des fruits, la saveur simple des viandes grillées
et le piquant léger de petits piments verts qui accompagnent
presque tous les plats. Il faudra donc que je prenne garde à
ne pas attraper l'embonpoint des femmes turques, qui vieillit leur
silhouette à tel point qu'on a l'impression qu'il n'y a pas
de jeunes femmes... mais il est possible aussi que les turcs
dérobent aux yeux des hommes de la rue leurs
trésors...
Bursa est plus facile à appréhender qu'Istanbul, car
plus petite. Aussi nous avons décidé de nous
aventurer dans les bus, qui nous permettent de traverser la ville
pour moins d'un franc chacun. Nous avons beaucoup fait rire un
vendeur de billets par notre obstination à vouloir monter
dans un bus qui ne desservait pas notre destination. Il a fini,
avec force gestes, par nous intimer l'ordre de rester à
côté de sa guérite, d'où il nous ferait
signe quand ce serait le bon. Les turcs sont surpris de nous voir
emprunter les transports en commun, et nous indiquent à
chaque fois de préférence un "dolmus"(taxi collectif
qui ne part que lorsqu'il est plein) ou un taxi. Mais ce soir, nous
avons compris même comment lire le tableau des horaires, et,
un bon plan à la main, la ville nous appartient. Il est bon
d'y flâner débarrassés du poids sur le dos...
Mosquées, bazaar de la soie (moins attrayant à mon
avis que les "souks"de Tunis, mais nous verrons à
Istanbul), et pour finir, délectation suprême, bain
turc et massage... Je garde dans la tête les propos de
l'employé du bureau d'information touristique à ce
sujet, alors que nous lui demandions de quoi nous devions nous
munir pour aller au hammam : "First, your body. Second, your money.
That's all you need... except if you use something special to wash
yourself !". C'était déjà tout un programme.
Malheureusement, il y avait plus de touristes que de femmes
turques... Mais la chaleur qui ruisselle sur les banquettes de
marbre, le bruit de l'eau qui coule de partout, et pour finir, les
mains expertes d'une vieille masseuse, qui acheva de pétrir
mon dos en plaquant ma joue contre sa forte poitrine, me
plongèrent dans l'hébétude que j'en
attendais... Propre comme jamais, et tout à fait
détendue, je m'installai dans la salle de repos, et engageai
la conversation avec deux jeunes françaises, qui finissaient
leur voyage.
De retour dans le centre ville, à la recherche d'une
"lokanta"qui nous permette de dîner à peu de frais
(le hammam coûte très cher comparativement au reste de
la vie turque), nous avons été abordés par
deux hommes, qui ont insisté pour nous inviter à
prendre le thé à une terrasse proche, où l'on
fumait le narghilé. Nous nous sommes engagés dans une
conversation hasardeuse, mêlant ce que le plus
âgé connaissait du français et nos trois mots
de turcs, ânonnés avec force recours au lexique. Il
fut compliqué d'expliquer que nous voulions aussi leur
offrir un verre de thé, puis que nous voulions vraiment
prendre le bus pour rentrer...
Demain, nous irons visiter la "Mosquée Verte", la plus belle
de Bursa, et nous prendrons la route pour Pergame, retrouver des
ruines romaines, plus habituelles à nos regards
d'européens...
Samedi 2 septembre
En route pour Bergama

Le mausolée vert de Bursa
La Mosquée Verte et le Mausolée Vert sont sans aucun
doute les joyaux de Bursa, le guide ne nous avait pas
trompés... L'envahissement des touristes européens,
par cars entiers, était d'ailleurs à la hauteur des
beautés que nous avons visitées, de même que
l'étalage de souvenirs touristiques, et son corollaire
racolage, dans la langue des visiteurs, s'il vous plaît !
Entre Yesil Camii et Emir Sultan Camii, nous avons retrouvé
l'un de nos compagnons d'hier soir, qui nous a donc fait un morceau
de chemin et un brin de conversation. Emir Sultan est en travaux,
et donc fermée à toute visite. Nous n'en avons vu que
la cour intérieure, et sa fontaine aux ablutions. C'est une
construction particulière que de relier ainsi dans la
même enceinte la mosquée et le mausolée, dont
nous avons aperçu l'intérieur par les fenêtres
: rococo à souhait, mais non dénué de
charme...
Dans la rue, nous avons croisé plusieurs petits
garçons revêtus d'une toque et d'une cape
ornées de fausse fourrure et de scintillantes paillettes.
Parmi ces tous jeunes gens, nouvellement promus au rang de "grandes
personnes"par la cérémonie de la circoncision,
certains, essayant pourtant de garder bonne contenance, faisaient
fort la grimace. On peut les comprendre !
Nous sommes revenus à la gare routière juste à
temps pour marchander notre billet de bus. L'essai ne fut pas
très concluant... mais il est difficile parfois de naviguer
entre ses scrupules d'européen "riche", et le souhait de ne
pas se laisser rouler !
Les voyages en autocar ne sont pas ce qu'il y a de plus
agréable, lorsqu'ils se prolongent dans cette chaleur et sur
des routes chaotiques, qui empêchent quasiment toute
activité, sauf la rêverie, voire l'assoupissement, les
paysages que nous avons traversés étant somme toute
assez monotones... Rêverie donc... mais n'est-ce pas
là le vrai tempo de l'Orient ? Repassant dans ma tête
ces premiers jours de voyage, je nous revois, sac au dos,
négocier le prix de votre voyage en car, dormir dans des
hôtels sans douche, méditer assis en tailleur sur les
tapis d'une mosquée... J'aimerais comprendre, parler le
turc, moi blonde aux yeux clairs, accompagnée d'un jeune
homme que le teint bronzé et les cheveux noirs font parfois
confondre avec un autochtone, et qui n'y entend goutte... pas plus
que moi pour le moment d'ailleurs... Il faudra donc que je
revienne, que j'apprenne, que je perfectionne le vocabulaire et
l'accent... Il serait tellement agréable au cours des heures
passées devant un verre de thé, de converser avec les
gens d'ici...
Dimanche 3 septembre
Bergama
Ruines grecques et romaines... et soleil de plomb ! C'est la
journée la plus chaude depuis notre arrivée en
Turquie... et j'ai dû prendre des couleurs !
Les ruines sont malheureusement assez mal conservées
à Pergame, bien plus mal qu'en Tunisie par exemple,
où le site de Douga notamment m'avait enchantée... Il
s'en dégage cependant cette poésie commune à
tous les sites gréco-romains, le plus souvent
implantés de façon similaire, de sorte que l'on n'y
est jamais vraiment surpris... L'Asclépéion ce matin
offrait un très beau portique, et un agréable petit
théâtre, certes très restauré, mais sans
que cela ôte à son charme, selon moi.

Pergame
Sur l'Acropole, le temple de Trajan m'a semblé très
beau... J'ai simplement regretté que sa restauration en
cours m'interdise d'aller flâner entre ses colonnes... Le
théâtre, plus grand que celui de ce matin, offre une
perspective vertigineuse, d'autant plus qu'on l'aborde par le haut.
L'impression se trouve renforcée par la chaleur
étourdissante et le violent courant d'air qui s'engouffre
dans le tunnel d'accès. Nous avons terminé la visite
par les deux Agoras, traversant ainsi tout le site à pied
pour redescendre vers la ville. Si les ruines de la ville basse
sont moins impressionnantes, il est par contre fort agréable
de se séparer des hordes de touristes dégoulinant des
cars pour une visite éclair, et de goûter au charme
des lieux dans un silence quasi total, animé seulement du
crissement des grillons... Nous pûmes fugitivement nous
sentir grecs ou romains, imaginant leur vie et leurs sensations
quelques siècles plus tôt...
Nous étions pour cette journée en compagnie d'un
couple d'Allemands qui doivent avoir à peu près notre
âge, et qui partagent notre goût pour le calme des
visites à pied. Il est amusant de noter que nous
communiquons entre nous essentiellement en anglais... ce qui
d'ailleurs doit être assez déroutant pour les gens qui
nous croisent, puisque nous continuons en parallèle nos
conversations "privées"en français ou en allemand.
Tout du moins sommes nous à égalité dans
l'exercice permanent de traduction, de nos impressions comme du
commentaire de nos guides respectifs. Se retrouver sur une terre si
lointaine de nos pays d'origine renforce le sentiment
d'identité européenne : nous avons en effet plus de
points communs, hors le fait même que nous soyons touristes,
qu'avec les Turcs que nous rencontrons. Nous sommes d'ailleurs
perçus avant tout comme des européens, et notre
équipage composite n'étonne que les autres touristes.
L'arrivée dans la ville moderne de Bergama par des petites
ruelles qui sentent l'étable et la basse-cour est pour finir
notre équipée tout à fait charmante : nous
franchissons tranquillement quelques siècles et plusieurs
civilisations, pour replonger dans la Turquie d'aujourd'hui. Nous
achevons notre "immersion"par un thé à la terrasse
d'un "çay bahçesi", où les hommes jouent au
tric-trac en fumant le narghilé. J'apprécie que mon
statut d'étrangère me permette d'y
pénétrer... car les femmes y sont rares, voire tout
à fait absentes, ou bien isolées, entre elles, comme
au hammam, à la mosquée, cachées dans une aire
reculée de la terrasse...
Lundi 4 septembre
Selçuk (Ephèse)
Nouveau voyage en car, bref passage à Izmir, le temps de
changer de véhicule, et nous voici près
d'Ephèse, nouveau site antique. La visite est prévue
pour demain. Cet après-midi est donc consacré
à la flânerie, une fois les sacs déposés
dans une charmante pension, dont le patron parle un peu de
français, et dont l'un des charmes, or l'ameublement de
goût, est un jardin fleuri, où l'on peut prendre son
petit déjeuner.
Visite de l'une des plus belles mosquées rencontrées
jusqu'ici : Isa Bey Camii est une construction ancienne de pierre
claire et de marbre, d'une grande sobriété. On y
entre par une cour dont les colonnes "empruntées"au site
antique soutenaient des dômes qui couvraient les
allées de marbre. Un bassin central et des palmiers
complètent ce décor très
méditerranéen...
J'ai visité seule la basilique Saint Jean, assez belle, et
la forteresse adjacente, où je me suis offert un vertige
irrépressible une fois grimpée sur les remparts. Je
ne regrettai pas au demeurant d'avoir jeté l'œil sur
la vue splendide qui s'offrait depuis le chemin de ronde...
Il me semble que plus nous descendons vers le sud, plus la faconde
des habitants s'épanouit. Ils parlent, rient, nous
interpellent plus facilement que nulle part ailleurs. Notre
descente du car a fait l'objet d'une discussion acharnée
entre plusieurs jeunes gens, qui nous vantaient les qualités
de leur hôtel, chacun étant bien sûr le plus
agréable et pour le meilleur prix ! Nous avions notre
idée sur la question (et surtout un bon guide en poche), et
c'est avec un air triomphant qu'un jeune garçon, qui n'avait
encore que peu parlé, nous a ouvert la route vers
l'hôtel... que nous avions sélectionné.
Abordés avant le dîner par un autre jeune homme (qui,
troisième fois de la journée, nous a fait une
remarque conjointe sur le physique très turc de
Jérôme et le bleu très clair de mes yeux), nous
sommes invités après le dîner à prendre
le thé (hospitalité turque oblige !!!) dans une
boutique de vêtements en cuir. Je me demande s'il est
possible d'échapper à l'essayage et à la
négociation... Mais il se trouve que j'ai bien envie de
regarder ces vêtements et d'en connaître le prix. Je
commence donc d'enfiler une, deux, trois, quatre vestes longues,
noires bien sûr. Lorsque j'ai presque arrêté mon
choix sur l'une d'entre elles et que la négociation
commence, je juge plus sage de remettre l'achat au lendemain. Le
marchand nous a même proposé de nous accompagner sur
le site d'Ephèse, à quelques kilomètres, dans
sa voiture personnelle. En sortant, nous recroisons un couple
d'Allemands, qui nous indique une deuxième boutique, dont
les tarifs semblaient plus avantageux. Conversation en
français, car la jeune vendeuse est belge, et achève
ici la saison touristique pour l'amour d'un beau turc, qu'elle
espère bien ramener à l'entrée de l'hiver dans
sa Belgique natale). Mais nous ressortons toujours les mains vides.
Nous retrouvons le couple de Pergame, et partageons un verre de
thé et le récit de nos journées. Une
troisième boutique nous fait de l'œil, juste
derrière la terrasse. Je m'y aventure, d'abord seule, puis
rejointe par Jérôme à la troisième
veste, la plus belle de toutes... et à mon heureuse
surprise, la moins chère aussi ! Les négociations ont
lieu cette fois en anglais, avec une jeune femme d'ailleurs
charmante... mais je reste sur ma résolution de ne conclure
l'affaire que le lendemain matin. Nous avons passé deux
heures et demie à pratiquer ce qui semble être un
sport national, et avec grand plaisir ! Demain, j'irai
acquérir la veste préférée, et
décommander mes autres rendez-vous. Ce sera en turc un
exercice difficile : j'ai intérêt à
préparer mes phrases !
Mercredi 6 septembre
Bodrum
Nous voici sur la plage... Après l'éreintante et
splendide visite du site d'Ephèse, sans doute le plus beau
que nous ayons visité jusqu'ici, il est doux de ne rien
faire sous le soleil, toujours aussi chaud...
Nous avons donc hier déambulé pendant quatre heures
au milieu des ruines, dans des rues pavées de pierre ou de
marbre, d'un immense théâtre à la
bibliothèque de Celcus, dont la façade est quasi
intacte, entre des temples, des fontaines, des thermes, des maisons
aux sols pavés de mosaïques, aux murs
décorés de marbre ou de fresques... Là plus
qu'ailleurs encore, j'étais romaine, ou grecque
peut-être, rendant visite aux amis de la maison voisine,
discourant philosophie dans la cour de la bibliothèque,
rêvant d'un jeune acteur aux traits magnifiques sur les
gradins du théâtre...

Ephèse - Bibliothèque de Celcus
Au-delà de la beauté et du saisissement qu'elles
provoquent dans le regard de l'homme du XXème siècle,
les ruines antiques sont émouvantes... A travers les pierres
encore debout, et ô combien splendides, elles sont le
témoignage que, tant d'années avant nous, d'autres
hommes ont vécu, aimé, travaillé,
espéré, produit de la beauté,
réfléchi, recherché la
postérité... En même temps, elles sont
cruelles, car leur splendeur laisse supposer que des hommes ont
transpiré, peiné, souffert, pour empiler ces pierres,
les sculpter, les assembler, les polir... Pour élever
pareilles grandeurs, il y avait dans les cités grecques et
romaines des esclaves, des parias, des prisonniers capturés
dans les territoires conquis, dont le travail a permis de
construire la gloire et la postérité de ceux qui les
ont exploités... Et quelle gloire, quelle
postérité, puisque près de vingt
siècles après, d'autres hommes s'émerveillent
encore du génie urbaniste et artistique d'une civilisation
depuis longtemps disparue, mais dont les empreintes semblent
pourtant si fraîches, malgré les outrages du temps, et
les pillages de celles qui lui ont succédé...
On se demande ce que, dans vingt siècles, il restera de
notre passage sur cette terre... et de quelle façon seront
interprétés les signes que nous aurons
laissés... Que sera le monde à ce moment là ?
Semblerons-nous aux yeux des hommes du futur des barbares, des
fous, des bizarres, ou au contraire seront-ils épatés
de ce que déjà, vingt siècles avant eux, nous
sommes capables de faire ? Mais on ne construit plus aujourd'hui
aussi solidement qu'au temps des cités antiques, et notre
civilisation, décidément, s'inscrit dans
l'éphémère...

Ephèse - Temple d'Adrien
Grande et laborieuse conversation hier soir avec notre hôte,
en français, avec force recours au dictionnaire et moult
éclats de rires. C'est un homme délicieux, et plein
de raffinement, comme en témoigne l'aménagement de la
pension, dans une maison particulière. Sur le pallier de
notre chambre, une belle commode surmontée d'une grande
glace, une banquette et un fauteuil pour lire dans le courant d'air
frais de la fenêtre, fumer une dernière cigarette
avant de s'endormir... ou meubler une insomnie en griffonnant des
pages... Le jardin est tout aussi charmant, fleuri de roses, avec
une tonnelle pour abriter les tables où nous
déjeunons à l'abri du trop grand soleil. Charmante
aussi cette façon d'apporter sur la table des figues
fraîches ou une grappe de raisin, pendant que nous discutons.
Il est actuellement en retraite, mais nous avons appris qu'il
était architecte, et qu'il a travaillé huit ans
à la restauration de Sainte Sophie à Istanbul. Nous
avons regretté qu'il ne puisse nous accompagner dans notre
prochaine visite : c'eut été passionnant ! Mais nous
avons échangé nos adresses, nous promettant bien
d'organiser une rencontre si jamais nous revenions en Turquie. A la
rentrée, il prendra des cours de Français au Consulat
à Instanbul. Pour ma part, j'aimerais bien prendre quelques
cours de turc, si jamais je reviens dans ce pays...
Ici, à Bodrum, c'est autre chose... Nous sommes au bord
d'une plage, à quelques kilomètres de la ville, que
nous irons visiter demain. C'est très touristique, et pas
forcément au meilleur sens du terme ! Les restaurateurs s'y
font plus racoleurs que jamais, et les prix sont multipliés
par deux par rapport à nos étapes
précédentes ! Mais que ne ferait-on pas pour
goûter à l'eau si bleue et si transparente de la Mer
Egée ! C'est là d'ailleurs le seul vrai plaisir du
lieu, car la plage n'est pas très belle, en bordure de
route, bruyante, étroite, couverte d'un sable grisâtre
et un peu caillouteux... Je sens néanmoins qu'il sera bon
d'y dormir pour se reposer tout à fait, et changer un peu de
nos frénétiques visites !
Samedi 9 septembre
Pamukkale
La tenue de mon journal de bord se relâche... mais c'est que
la cadence de nos visites s'accélère, pour nous
permettre de boucler notre programme avant de prendre demain midi
le bateau pour Istanbul, ultime et splendide étape de notre
voyage, pour laquelle j'ai jugé bon de réserver 5
jours pleins, qui nous permettront de voir l'essentiel sans trop
courir !
Mais revenons quelques jours en arrière, à Bodrum
donc, notre étape balnéaire... et aussi notre unique
grasse matinée, puisque jeudi matin nous avons
émergé à midi ! Plage pour commencer la
journée, puis passage rapide à Bodrum,
accompagné d'une visite éclair du château :
arrivés 20 minutes avant la fermeture (notre guide portait
des indications erronées), nous avons couru plus qu'autre
chose dans un dédale de portes, escarpe, contre-escarpe,
remparts et tours, d'où la vue sur le port et la mer plus
bleue que jamais valait bien toutefois notre essoufflement ! Glace
et thé sur le port ensuite, accompagnés d'une lecture
qui, liée à l'ambiance très touristique et
méditerranéenne du port, m'a donné un moment
l'impression d'être en vacances en France : c'était
"Libé"de la veille. Rien d'exceptionnel dans ce
numéro-là, pourtant épluché comme
jamais : il était bon, au milieu du voyage, de faire un bref
retour vers nos racines ! Il est vrai cependant qu'avec ce soleil
et le rythme calme auquel nous nous sommes accoutumés, les
pages sur la rentrée des classes et les projets politiques
du gouvernement prenaient un relief singulier...
Vendredi matin, nous avons failli manquer le bus pour Pamukkale, un
site tout à fait insolite, par ses falaises de calcaire
où des sources d'eau chaude (37 à 40°) ont
formé de larges vasques qui s'étagent jusqu'en bas
d'un large cirque, et par la nécropole antique qui prolonge
le site, véritable paysage d'apocalypse, amas de tombes
défoncées, de tumulis apparemment intacts, de
sanctuaires encore debout... Ces deux aspects confèrent au
lieu une ambiance étrange, tout à fait
différente de ce que nous avions rencontré
jusqu'alors, et qui contraste brutalement avec le petit village
d'en bas, totalement dédié au tourisme et au folklore
local : étalages d'onyx, de bijoux, de tapis, de
vêtements, alternent avec les terrasses de restaurants et les
bureaux des compagnies de bus. Il y a même des chameaux, qui
d'un air las et blasé, promènent les touristes au son
des grelots pendus à leur longue encolure. Le garçon
du restaurant où nous avons dîné parlait
quelques mots de français. Il nous a prêté le
temps du repas le livre dans lequel il apprend notre langue, un
petit guide de conversation en fait, qui nous a fait rire par ses
formules désuètes... mais nous a aussi appris
quelques phrases utiles.

Pamukkale
Lever tôt aussi ce matin, pour un nouveau départ vers
le dernier site antique de notre voyage : Aphrodisias. Très
beau musée rempli de statues grecques, thermes romains
où perdurent de beaux pavements de marbre et quelques
bassins, théâtre malheureusement en cours de
restauration, et donc interdit à mes habituelles
flâneries et à la station prolongée sur les
gradins. Le petit odéon, tout de marbre vêtu, et
intact, était lui aussi protégé par des
barbelés, eux-mêmes surveillés par des gardiens
jaloux des règlements. Du temple d'Aphrodite, il reste
quelques colonnes aux dimensions imposantes, qui se
détachent sur le ciel toujours aussi bleu. Il restait, pour
la fin de notre ballade en plein air, le "plus beau stade antique
du monde", selon le guide bleu... et qui ne démérite
pas en effet à cette appellation ! On est d'autant plus
saisi qu'il est masqué par les flancs d'une petite colline,
et qu'on le découvre soudain, d'un seul coup d'œil, en
arrivant au sommet. J'ai été très
impressionnée par ces gigantesques gradins, auxquels aucune
restauration n'a été nécessaire pour arriver
jusqu'à nous, et nous livrer cette étonnante vision.
Il suffirait d'un peu de désherbant sur la piste, pour
qu'instantanément on puisse lui rendre ses fonctions
d'antan... Il est malheureusement trop grand pour entrer dans le
petit objectif de notre appareil photo, et comme pour le site
d'Ephèse, nous devrons nous contenter du souvenir des
yeux... Cela n'en justifiait que mieux mon avide contemplation !
Pour parvenir à ce site, nous avons traversé des
paysages sans doute parmi les plus beaux et les plus grandioses
qu'il nous a été donné d'admirer en Turquie.
Montagne ocre, qui semble sculptée dans le sable au
départ de Pamukkale, sommets plus imposants et routes
sinueuses pour la suite... Lorsque le chauffeur du bus a
allumé la radio, qui diffuse cette musique si nostalgique,
qui ressemble à celle que j'ai entendue en Tunisie, en plus
mélancolique encore, et devant la beauté de ce qui
défilait devant moi, les larmes me sont venues aux yeux, et
j'ai compris alors que, comme en quittant Tunis, j'aurai le
cœur serré dans quelques jours en décollant du
sol turc...
Ce soir, changement de décor : Izmir est une grande ville,
où les hôtels sont chers, bruyants et plutôt
sales... Demain, j'embarque pour la plus longue traversée
maritime que j'aie jamais faite... et lundi, découverte de
l'une des villes les plus mythiques d'Europe...
Dimanche 10 septembre
Izmir
Embarquement dans quelques heures après une nuit
éprouvante : chaleur, bruit infernal de la rue
(l'hôtel est au carrefour de deux boulevards), et mauvais
lit, qui laisse un souvenir désagréable à mes
épaules et à mon dos...
Nous nous sommes si mal débrouillés ce matin que je
n'aurai pas l'occasion de visiter le bazaar d'Izmir, vrai bazaar
turc pourtant s'il en est... Mais il était impossible de
déposer les sacs dans le bureau de la compagnie maritime, et
je ne me sentais pas le courage de déambuler avec mon sac
sur le dos... d'autant que la nuit prochaine, sur le pont du
bateau, risque d'être assez inconfortable ! Il faut donc
songer dès maintenant à ménager mes
vertèbres !
Petit déjeuner turc, toujours complet et délicieux
(oeuf mollet, tomate, olives, fromage, pain, beurre et confiture),
dans un troquet à proximité du port, où
j'attends, devant une tasse de thé, que Jérôme
revienne avec les provisions de voyage qu'il faut redescendre
acheter dans le centre, car le quartier du port n'est qu'une zone
industrielle, sans boutique, sans marché... pour tout dire
assez sinistre !
Le folklore de la ville, ce sont de petites calèches
à cheval, qui promènent les touristes (apparemment
essentiellement turcs) sur le front de mer, dans l'odeur
pestilentielle qui mêle les émanations des eaux
portuaires et les déjections des chevaux, contenues dans de
petits sacs qui se balancent sous leur queue... Délicieux,
non ? Mais peut-être le charme désuet de la
calèche, son doux balancement et les pompons colorés
qui dansent au cou des chevaux ont le pouvoir de faire oublier ces
désagréments...
A Izmir, seules les rues d'une certaine importance et les
boulevards portent un nom, le plus long étant bien sûr
dédié à Atatürk. Les ruelles portent des
numéros, qui vont croissant lorsqu'on se rapproche du
port... Celle qui prend à gauche du café où je
suis installée porte le numéro 1472...
Impressionnant, non ? Amusant, à tout le moins, que cette
pratique tout à fait New-Yorkaise voisine avec les
calèches à chevaux... Mais j'ai déjà eu
l'occasion de remarquer que la Turquie est un pays de contraste, ce
qui est d'ailleurs l'un des éléments de son charme !
La radio branchée dans le café diffuse une
espèce de jazz, qui peut fugitivement me laisser penser que
je suis déjà en Europe... mais je sais que vingt
heures de traversée seront nécessaires pour rejoindre
le vieux continent, dans une ville qui pourtant me semble plus
orientale que tout ce que j'ai vu ici... La voix qui commente
chaque morceau et en énumère les interprètes
possède un timbre du plus pur style "France Musique"... et
cela me laisse à penser qu'une fois de plus, la culture se
mondialise, s'uniformise... à moins qu'à partir de
matériaux similaires on ne puisse imaginer et renouveler
à l'infini... Mais même ici le monde devient
rationnel, et la civilisation occidentale, véritable
modèle, gagne du terrain ! J'ai du mal à comprendre
pourquoi celle-là plutôt qu'une autre...
Lundi 11 septembre
Istanbul
Nous voici enfin dans la ville objet de tous mes rêves, de
tous mes désirs. Dans un affreux jeu de mot, je m'autorise
cependant à dire : "C'est Byzance !".
Pour y arriver, vingt heures de traversée en ferry boat, "on
the desk"... Même si le pont arrière est très
prisé dans l'après-midi pour y prendre un bain de
soleil, il y souffle, jusqu'à la tombée de la nuit,
un vent diabolique, qui fume mes cigarettes plus vite que moi, on y
est empesté par la fumée de la grande
cheminée, et assourdi par le bruit des machines, à
moins que ce ne soit la soufflerie de la climatisation des cabines,
qui interdit de se parler à moins de cinquante
centimètres. Y dormir est une autre affaire encore : les
transats de bois se révèlent assez durs, et l'on ne
sait comment mettre ses jambes pour ne pas se meurtrir entre les
lattes de bois. L'air nocturne y est moite, collant, poisseux de
sel et de kérosène... et les lampadaires restent
allumés toute la nuit ! Nonobstant ces
désagréments, il est splendide d'avoir
perpétuellement vue sur la mer, sur les rivages et les
îles que nous croisons, et, la nuit, sur le reflet de la lune
dans l'eau...
Le coucher de soleil fut beau, mais il fut surtout étrange
de découvrir Istanbul noyée dans la brume, comme dans
une rêverie, la silhouette seule des minarets et les
dômes des mosquées qui bordent le rivage se
découpant sur un ciel gris, à peine
départagée d'une eau lisse et opaque...
Petit moment de flottement, au débarquement, pour se
repérer exactement sur le plan, le port où
s'était amarré le bateau n'étant pas
spécifiquement indiqué. Un peu au hasard, nous
entrons donc dans un parc, où s'affairent des ouvriers qui
ramassent les feuilles, décrochent ou raccrochent des fils
aux réverbères, au milieu de kiosques fermés,
ou à moitié démontés. Il régne
une ambiance étrange de désaffection, de lendemain de
fête, lorsque les lampions sont éteints... mais c'est
il est vrai lundi matin !
Débouchant au travers d'une muraille crénelée,
nous nous repérons enfin à une plaque de rue : nous
venons de traverser le parc qui entoure Topkapi, et sommes
entrés dans Istanbul par la Sublime Porte ! C'est là
un heureux présage, qui nous rassérène.
Arrêt petit-déjeuner dans un bar, dont les tables
couvertes de vitres par-dessus de désuètes nappes de
dentelles, affichent cartes postales, monnaies, cartes de visite,
tickets de transport ou de spectacle de tous les routards qui ont
emprunté le même itinéraire que nous. Nous
ajoutons notre signature à l'ouvrage : dernier ticket de RER
utilisé avant le départ pour la Turquie, revêtu
comme tous cette année des oiseaux révolutionnaires
de Folon, "carte jeune"de Jérôme,
périmée depuis moins de dix jours. Le garçon
les glisse aussitôt sous la vitre, et nous confirme que nous
sommes dans la bonne direction pour rejoindre l'hôtel
sélectionné dans le guide, à deux pas de
là. L'existence d'un hammam dans l'établissement m'a
attirée. La foule des routards qui stationnent dans le hall
au milieu d'un amas de sacs à dos, et la question de
l'hôtesse à une Allemande : "Do you want to sleep on
the floor ?", me découragent tout à fait. Nous
rebouclons les sangles de nos sacs, et je suggère de
téléphoner à mon deuxième choix, pour
éviter de nous scier les épaules et les jambes
inutilement. Impossible d'obtenir la communication, et je ne sais
toujours pas si c'est faute de savoir utiliser le
téléphone turc... ou si la ligne de l'hôtel
était vraiment toujours occupée. Un jeune
instanbuliote fait profit de notre désarroi, en nous
proposant un hôtel à proximité "clean, cheap,
new, quiet". Nous n'en demandons pas davantage ! C'est en effet en
plein centre, en face d'une ancienne prison turque
désaffectée, qui ne sert plus que de décor au
tournage de films (une voiture de la TV turque stationne d'ailleurs
devant la porte, aussi bien gardée que si les lieux
regorgeaient réellement de prisonniers). Ce n'est pas
luxueux, mais je crois surtout que, dans ce pays si bruyant, nous
apprécierons le précieux silence à l'heure de
nous endormir ! Et puis, de la terrasse, d'un seul regard, on
embrasse Sainte Sophie et la Mosquée Bleue...

Sainte Sophie
Le lundi n'est pas un jour faste pour le tourisme : la
quasi-totalité des musées y est fermée. Nous
avons pu cependant découvrir la Mosquée Bleue, puis
Süleymanie Camii, Bajazet Camii, et nous perdre dans le Grand
Bazaar, où un jeune marchand de tapis, parlant très
bien le français, nous réconcilia avec sa
confrérie. En effet, avant même que nous ayons pu
entamer une quelconque visite, un autre turc, parlant aussi notre
langue, nous avait abordés sur l'hippodrome, et
entraînés dans sa boutique, pour un cours parfait sur
les différentes sortes de tapis, la signification des
motifs, la manière de les faire "voler"... et surtout l'art
de vendre turc ! Tout y passa, du "prix d'amis"justifié par
son invitation à venir passer des vacances dans sa maison
à Cannes, aux règles de l'Islam qui commandent au
plus riche de venir en aide au plus pauvre (il nous vendrait donc
à perte, tant pis). Nous apprîmes un peu plus tard que
le prix en question n'était ni plus ni moins que le tarif
des tapis de même facture et de même dimension...

la Mosquée Bleue
Nous avons fort agréablement terminé la soirée
en contemplant le "Son et Lumières"de la Mosquée
Bleue, ce soir en français, et qui offre aux regards, de la
plus belle façon, l'architecture de ce mythique monument.
Pour finir, nous avons suivi avec raison les conseils de notre
guide pour choisir notre restaurant : bien qu'à
proximité immédiate des deux lieux sans doute les
plus touristiques de la ville, les tables de "Sultanhamet
Köftecisi"sont essentiellement occupées par des turcs.
Les köfte sont excellentes, le yaourt, frais du matin,
divin... et l'addition très douce.
Ce soir, je suis tout à fait à Istanbul, tout
à fait sous le charme de la ville, qui m'offre son plus beau
visage, celui pour lequel j'ai entrepris ce voyage, celui que
j'attendais...
Mardi 12 septembre
Istanbul
Sainte Sophie est à la hauteur de sa réputation,
même si elle est bien vieille et bien abîmée,
même si la lumière du jour flétrit un peu le
rose de ses murs, magnifié par les éclairages
nocturnes... J'ai pu y contempler enfin ces mosaïques à
fond d'or si souvent représentées dans les livres
d'histoire, et si finement réalisées.
Malheureusement, l'Islam étant iconoclaste, un certain
nombre d'entre elles ont définitivement péri sous le
plâtre et le badigeon blanc... Celles qui ont survécu
n'en sont que plus précieuses, et laissent imaginer la
splendeur passée de cette ancienne basilique byzantine.

Mosaïques de Sainte Sophie
Pour les tapis et kilims, nous devrons nous contenter de ce que
montrent les marchands du bazaar, car le musée, dans la
Mosquée Bleue en cours de restauration, est fermé.
Après un détour par la "citerne basilique",
impressionnant ouvrage souterrain, qui fut la réserve d'eau
des palais de la ville sous l'empereur Constantin, nous sommes donc
allés traîner du côté de l'Aqueduc de
Valens, dont les larges vestiges donnent la mesure impressionnante.
Nous errons de mosquée en mosquée... Kalender Camii,
ancienne église byzantine dont il reste de beaux parements
de marbre sous une voûte de briques roses, et dont le mihrab
est curieusement désaxé par rapport à la
nef... qui n'avait pas été construite pour être
orientée vers la Mecque ! Sehzade Camii préfigure
assez bien en somme la Süleymaniyé : si les dimensions
en sont plus réduites, l'esprit de l'architecte Sinan y est
déjà bien présent. Quant à Fatih Mehmet
Camii, elle est surtout remarquable par la grande aire
dallée qui l'entoure, clôturée de murs, de
bâtiments, et où se déploie toute une
activité, tant marchande que religieuse, puisque
l'école coranique y fonctionne toujours. Pour une fois, nous
croisons aussi des femmes turques, dont certainement des
sœurs musulmanes, si j'en crois leurs voiles et leurs habits
noirs. Je n'ose pas m'aventurer dans le centre de la
mosquée, et reste sagement agenouillée dans le petit
enclos féminin. Le lieu le plus charmant reste malgré
tout la cour à portiques, où la fontaine aux
ablutions est entourée de quatre arbres, tout à fait
insolites et splendides. Le point commun, et sans doute l'un des
charmes aussi de ces trois mosquées est bien l'absence de
touristes et du brouhaha, qui leur rend la quiétude et la
solennité nécessaire au recueillement. Il y a
d'ailleurs beaucoup de turcs en prière... et nous essayons
de rester discrets.
A côté de Sehzade, je me laisse tenter par un
thé vendu sous un arbre par un marchand des rues, qui avait
installé ses réchauds à l'abri d'une
balustrade, qui lui tenait lieu de "bar". Tout à
côté, dans le même jardin public où
s'égaient des enfants sur les balançoires et les
toboggans, un vieux turc qui parle quelques mots de français
tient un tir à la carabine. Jérôme fait presque
"carton plein"... et crée un attroupement bluffé par
son adresse. Je suis bien sûr nettement moins efficace, et
m'en tire par un grand rire en expliquant que les armes à
feu ne sont vraiment pas une affaire de dame !
Plus loin à côté de Fatih Mehmet, nous
découvrons un quartier commerçant typiquement turc,
dans de petites rues, aussi pittoresques que celles aux vieilles
maisons de bois, traversées derrière l'Aqueduc. J'y
achète, à l'étonnement du marchand, et avec
l'aide d'un jeune turc qui parle trois mots d'anglais, le service
à thé selon mes vœux, c'est à dire
simple comme celui dans lequel boivent les turcs tous les jours.
Rien à voir avec le verre décoré pour
touristes du bazaar !
Enfin, avant de reprendre un bus pour rejoindre notre hôtel,
assez éloigné, nous dînons dans une lokanta
sans doute peu fréquentée des touristes. Le patron,
vraiment très prévenant, sort acheter une
pastèque pour honorer notre commande, poussant même le
raffinement jusqu'à la goûter dans notre assiette,
pour vérifier qu'elle est bien "nice and sweet"(elle
l'est). On pourra ensuite dans nos civilisations occidentales
parler du service !
Agréable journée, donc, sans doute plus
"istanbuliote"que celle des "troupeaux"déversés par
les cars devant les monuments les plus célèbres de la
ville... Et vraiment, Istanbul est aussi magique que je l'attendais
: elle m'émerveille, m'attendrit, me captive, m'attache, me
conquiert tout à fait, maintenant que sa taille et son mythe
ont fini de m'effrayer...
Mercredi 13 septembre
Istanbul
Aujourd'hui, visite de Topkapi... Il n'était pas inutile de
prévoir la journée entière, pour
déambuler entre les murailles qui protègent aux
regards extérieurs ce qui est bien un joyau... même
s'il est quelque peu altéré par la foule des
touristes qui s'y pressent... Les collections des musées
archéologiques sont belles, surtout celles du Musée
de l'Ancien Orient, qui contient quelques très belles
pièces de Mésopotamie et de la civilisation
assyrienne... Malheureusement, beaucoup de salles sont
fermées, en cours de restauration ou sans gardien, on ne
sait pas.

Topkapi
Le Palais de Topkapi est remarquable par ses jardins
intérieurs, et la succession de bâtiments et pavillons
qui forment parfois un véritable labyrinthe, comme le harem,
dont la visite, en anglais, trop rapide et trop "encombrée"
(groupes de 50 personnes) pour que l'on ait vraiment le temps de
s'imprégner de la beauté et de l'ambiance
particulière de ces salles, souvent aveugles,
éclairées seulement par de petites lucarnes de verre
enchâssées dans les plafonds. Les faïences
murales et le décor des dômes sont splendides, et
à eux seuls ils parviennent à recréer la
féerie du lieu... Avec l'aide de quelques lectures, on peut
imaginer la vie recluse de ses habitants...

Topkapi - Intérieur
Les collections de vaisselle, de joyaux, de vêtements sont
certes superbes, mais présentées de façon trop
figée, dans des vitrines qui obèrent parfois
totalement l'architecture, le décor et la destination
initiale des pièces dans lesquelles elles sont
montrées. Mais pour qui veut bien faire l'effort de regarder
et d'imaginer, il est possible encore de recréer les fastes
du passé...
Le hammam de Cogologlu est quant à lui sans doute identique
à ce qu'il fut, et conserve ses fonctions... Le massage est
toujours aussi agréable... même si l'on peut
déplorer l'absence de piscine chaude comme à Bursa...
A la sortie, nous aurons la preuve que nous ne sommes pas encore
à l'abri de la ruse des jeunes turcs... Jérôme
veut se faire raser chez un "berber". Nous entrons chez celui dont
l'échoppe jouxte le hammam... où je suis sans doute
restée pour un moment la risée des garçons
coiffeurs : celui qui m'a proposé un massage du visage
pendant que Jérôme se fait raser a les mains tellement
agiles que je dois lui pincer les doigts pour l'empêcher
d'envahir mon décolleté. Jérôme se fait
aussi couper les cheveux... mais manque de s'étrangler
devant la note ! Nous aurions dû être plus patients, et
chercher un peu plus bas dans les ruelles un vieux barbier, sans
doute plus raisonnable... à tous égards ! Istanbul
n'a pas fini de nous donner des leçons !
Jeudi 14 septembre
Istanbul

Grand Bazaar
Ouf ! Eprouvante journée... malgré ses charmes... Le
Grand Bazaar regorge de monde, de boutiques, de marchandises... On
peut trouver presque tout au Bazaar, mais surtout des
vêtements, des bijoux, des tapis, des poteries, et aussi
mille objets essentiellement destinés aux touristes. On
entend donc marchander en anglais, en allemand, en italien ou en
espagnol même, parfois en français, peu en turc. Notre
petit vocabulaire produit donc son effet, même si nous le
mâtinons d'anglais... Il semble qu'il n'y a pas de
règle, pas de loi dans cette joute entre acheteurs et
vendeurs... certains refusent de discuter, comme si c'était
leur faire offense, d'autres au contraire se vexent si nous jetons
l'éponge avant eux. Il y en a même un qui tente de
nous culpabiliser en nous traitant de "capitalistes"! Je ne
saurais jamais si j'ai payé pour mes emplettes un prix
raisonnable... ou un tarif "touriste"... Mais je ne regrette pas
quoiqu'il en soit de m'être livrée à ces
jeux... Il reste maintenant à faire entrer tout cela dans
nos sacs à dos...
Pour demain, ultime journée istanbuliote, nous reviendrons
sagement à la visite de palais sur les rives du Bosphore, et
clôturerons peut être la journée par un
dîner en compagnie du jeune marchand de tapis du bazaar, qui
avait déjà déjeuné ce midi lorsque nous
sommes passés l'inviter...
Vendredi 15 septembre
Istanbul
Ultime journée istanbuliote, ultime journée turque...
Un peu désordonnée, il faut bien le dire... J'avais
prévu en effet de passer la journée sur le Bosphore,
sur la rive européenne pour commencer, puis sur la rive
asiatique... Mais notre lever a été plus tardif
qu'à l'accoutumée... et surtout l'attente pour
visiter Dolmabahse beaucoup plus longue que prévu, à
telle enseigne que je me suis mordu les doigts de n'avoir pas
emporté mon livre, pour tuer cette heure et demie dans la
file des touristes... La visite néanmoins valait le coup
d'œil... même si toujours un peu trop rapide... Ce
palais est véritablement une accumulation, de lustres de
cristal, de parquets en marqueterie, d'horloges en argent, de tapis
précieux, le tout noyé dans un écrin de
rideaux, tentures murales et tableaux sombres, dans le même
goût baroque et chargé... J'avoue tout de même
avoir préféré Topkapi, plus oriental, et
finalement plus clair, malgré l'absence de fenêtre
dans la majeure partie des pièces et des couloirs...
Dolmabahse, ce pourrait être Versailles en plus
chargé, en plus dense. Mais la grande salle de
réception du Sultan, ouverte sur les jardins et le Bosphore,
n'a vraiment rien à envier à la Galerie des Glaces !

Dolmabahse
Mais en sortant par ces jardins si bien entretenus, il est trop
tard pour espérer trouver un ferry qui nous fasse arriver
sur l'autre rive avant la fermeture de Beyerbeley.
Nous avons fini au sommet de la Tour de Galata, pour admirer
Istanbul d'en haut, nous en remplir les yeux avant que d'en partir,
avant d'errer dans les ruelles encombrées du quartier dans
lequel nous étions le premier jour de notre voyage. Partis
à la recherche des pâtisseries recommandées par
le guide du routard, nous avons dégusté des
profiteroles version turque : la glace des choux y est
remplacée par une sorte de crème, ma foi plutôt
bonne, bien que le résultat final n'ait plus grand'chose de
commun avec ce que nous avons l'habitude d'appeler ainsi en France.
Nous voulions revoir une dernière fois la Mosquée
Bleue, mais, les encombrements istanbuliotes valant bien ceux de
Paris aux heures de pointe, nous sommes arrivés après
la fermeture des portes... Abordés dans la grande cour par
l'énième vendeur de tapis, nous avons sacrifié
une dernière fois au rituel, précisant bien cependant
à l'avance que nous n'avions aucune intention d'acheter. Le
vendeur, pourtant assez déterminé, a fini par se
décourager, et nous avons engagé une conversation
assez intéressante sur les modes de vie comparés des
français et des turcs, entrecoupée malgré tout
de commentaires sur le placement judicieux que constitue un tapis
turc. Notre hôte en a profité pour compléter
ses connaissances en français, nous avouant qu'il trouve
notre langue très difficile. Il est surtout compliqué
pour un gosier turc de prononcer les diphtongues nasales, et le "r"
français, qui n'existent pas dans sa langue. Il est par
ailleurs amusant de savoir comment nous sommes perçus par la
population turque : moins "étranges"que les Japonais. Il a
été très surpris d'apprendre que nous ne
possédons ni téléviseur, ni machine à
laver la vaisselle. J'ai particulièrement
apprécié son sens de l'à propos, son humour et
sa poésie, lorsqu'il nous a suggéré d'acheter
un tapis pour remplacer la télévision : le contempler
nous permettrait de nous remémorer nos meilleurs moments en
Turquie. Mais il ne croyait déjà plus à sa
vente, et il nous a souhaité de faire ensemble un mariage
heureux... et alors de penser à lui, pour revenir lui
acheter, s'il n'était pas mort entre temps, de quoi
réchauffer les sols de la petite maison avec jardin qu'il
nous imagine acquérir au retour de notre voyage de noces !!
Nous avons dîné seuls, car Engin, le marchand de tapis
du bazaar, est décidément très occupé.
Demain matin, nous prendrons notre ultime petit déjeuner
dans le bistrot repéré le premier jour, et où
nous sommes retournés plusieurs fois depuis. Ce matin
encore, le patron, s'est moqué des "marchands de tapis"turc
: il nous a expliqué que Topkapi est sa maison, mais qu'il
la trouve un peu grande, et que, si nous voulons, comme nous sommes
de très bons amis, il nous fera un très bon prix. Je
lui ai répondu que je voulais d'abord visiter Dolmabahse
avant de faire mon choix... mais que si le prix est vraiment
très bon, nous pourrions acheter les deux !
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